Récit de mon Embrunman en 2011

Récit de mon Embrunman en 2011

Embrunman, tout a commencé au néolithique un 15 août 92 au cours d'un trajet Val d'Isère – Ste Maxime avec mes parents où nous nous sommes retrouvés coincés dans un embouteillage monstrueux au niveau... d'Embrun. A l'époque, la déviation n'existait pas, seul notre président a pu connaître.
A cette occasion, j'ai découvert le triathlon en voyant des concurrents dans un état avancé tenter de terminer leur marathon... Ce jour-là, je me suis mis dans un coin de la tête, la mienne en comportant un grand nombre, qu'un jour je reviendrai tenter l'expérience.

Une préparation tourmentée…

Chemin faisant, j'ai franchi le pas 17 ans plus tard en m’inscrivant au Stade Français Triathlon en 2009 et en me lançant corps et âme dans ce sport exigeant, prenant mais aussi usant. Après quelques compétitions, je rentre dans le jeu d'aller toujours plus loin. Les formats s'allongent et au cours de notre déplacement au triathlon longue distance de St Jean de Luz en septembre 2010 auquel je ne pourrais participer pour cause de blessures (la seule fois en deux saisons), Anthony m’annonce qu'il tenterait bien l'aventure Embrun cette année. Pourquoi pas.

Viens fin septembre l'assemblée générale de la section où notre coach Jo nous annonce qu'il souhaite participer cette année à l’Embrunman avec Nadège et qu'il propose à qui est intéressé de tenter l'aventure ensemble. Pourquoi pas.

Effectivement, professionnellement c'est l'année ou jamais. En effet, j'attaque ma troisième année de poste et j'ai beaucoup moins de déplacements en perspective qui perturbent le rythme des entraînements. Il restera les mois de clôtures trimestrielles à gérer dont une très mal positionnées 15 jours avant la course. Pourquoi pas.

C'est donc parti pour des semaines d'entraînements intenses. Je signe pour tout : la PPG, les séances de nat supplémentaires le matin et les longues sorties à vélo le week-end en me disant que j'aviserai en début de saison si finalement j’y participerai.
Pierre, un pote VTTiste, me propose de participer fin septembre à la cyclo Maisons Laffitte – Chantilly, 150kms aller-retour en suivant le bon parcours, nous en ferons 160... Et là, commence un drame de plusieurs mois. En effet, le cadre de mon bon vieux Cannondale super six (héritage des équipes de Versailles) se fend lors du franchissement certes un peu rapide d'un passage à niveau en pleine descente au nord de Cergy. Le début de la fin ... Enfin de sa fin !

Je continue de m’entraîner avec mais, la fente s'agrandissant, je suis contraint de changer de monture et d'adopter provisoirement un nouveau cadre ayant bon espoir de faire jouer la garantie ou à défaut l’assurance. Bien mal m’en a pris. J'opte donc pour le dernier chic à Paris, un cadre certes un peu lourd mais qui a le mérite d'être résistant, un Vélib... Et oui, il y a peu d’embrunmen qui peuvent se targuer de s’être en partie entraînés avec un cadre aussi conciliant. Au plaisir de Jo, enfin je fais tourner les jambes, en effet j’étais jusque là un adepte de la plaque. C'est parti pour des sorties longues en autonomie (hors entraînements encadrés du Stade, même s’ils ne m’avaient pas jeté, impossible de suivre!) qui me mèneront après avoir arpenté toutes les allées des bois parisiens jusqu'à la chocolaterie de Noisiel. (Si vous cherchez des conseils de promenades dans les bois de Boulogne ou Vincennes, n'hésitez pas!) On me regarde avec des yeux ronds. Ils n'ont pas l'air d'être habitués à voir débouler des Vélibs jusque là encore sous contrat de location... Ensuite, Pierre, peut-être pris de remords me propose de me prêter un VTT. Banco! Et c'est parti pour de longue sortie en VTT toujours en solo jusqu'à Meaux à l'est ou Cergy à l'ouest. Je ne suis pas rancunier, j’évite juste le passage à niveau.

Le mois d'avril accompagné de son stage tri du Stade approche à grand pas et pris dans les méandres de la garantie je n'ai toujours pas de vélo puis le couperet tombe quinze jours avant le stage, je vous passe les détails mais la garantie, on oublie. Commence donc la recherche désespérée d'un cadre dispo en 56 racé plutôt montagne. Après consultation de plusieurs vélocistes, je trouve mon bonheur chez Cycles St Honoré avec un R3 de chez Cervélo. Non seulement il est très léger mais en plus il est noir avec un liserai rouge et blanc, génial, je vais pouvoir recycler les bidons et la selle. Je m’offre au passage des roues Fuclum Racing Zéro, mon budget n'étant plus vraiment à ça près... Sans compter sur les encombres de dernière minute, le pédalier qui ne passe pas, les entraxes n'étant pas standardisés ou le dérailleur qui ne peut être recyclé. Déchargé d’environ 4000 euros, me voilà heureux propriétaire d’un nouveau vélo à quelques jours du stage (voire heures). Je vais pouvoir reprendre les entraînements correctement et une semaine de stage fera du bien pour découvrir ma nouvelle monture.

Seulement, le triathlon, ce n’est pas que du vélo mais aussi mon sport de prédilection : la natation. En effet, je suis un compétiteur "hors pair" mais de l'autre côté du classement... Et par chance, l'hiver a permis de garder mon niveau de champion. En effet, ça reste mon point faible malgré une moyenne de deux à trois entraînements par semaine. Parfois, je me dis qu'une pierre flotte mieux que moi. Dès que j’enlève les plaquettes ou le pool boy, je ne sais pas ce qui se passe, mais je n'avance plus. Heureusement qu'il reste la combi en compétition, sinon 3,8kms seraient un vrai calvaire. Finalement, la course à pied est le seul point que j’ai réussi à améliorer lors de la préparation. Dommage, c'était déjà moins point fort mais la séance hebdomadaire de fractionné couplée à une sortie longue fait de l'effet et l'augmentation de la VMA est là pour le confirmer.
Je base aussi ma prépa Embrunman sur la participation à plusieurs épreuves de différents formats, Anto prépare un planning marathon qui me convient bien :

Le CD de Pont Audemer
Le LD de Vendôme (mon premier LD juste 3 mois avant Embrun... On y croit !)
Le LD de St Rémy sur Durolles
Le CD de Ciboure
Le LD de Dijon
La cyclo Luc Alphand à Briançon que je ne ferai pas finalement faute d'une incompatibilité train/congés
Le long de l'Alpe d'Huez avec son format hybride de 2,3-115-22

Sans compter une semaine de vélo chez mes parents au Pays Basque entre les épreuves de St Rémy et de Ciboure avec mes 2 compères d’entraînement Antoine et Anto. Bref un bon programme en perspective pour rattraper les aléas de l'hiver.
Je retarde ma décision sur ma participation à l’épreuve jusqu'à la dernière minute soit le 15 juillet date limite avant l'augmentation du prix de l'inscription, avarice oblige.
Deux jours après le long de l'Alpe soit à peine deux semaines avant l'épreuve, j'insiste un peu pour aller reconnaître le parcours vélo. Après d’âpres négociations, nous reconnaîtrons la boucle nord soit déjà 100kms. Il faut dire qu'Antoine a déjà fait le parcours en entier 15 jours au préalable. De mon coté, j'ai besoin de me rassurer et j'avoue que de reconnaître la partie nord réputée difficile avec l'Isoard et la côte de Paillon me va très bien. Il manque juste Chalvet à la liste des horreurs. Cette reconnaissance confirme ma première estimation de 9 heures pour effectuer le parcours vélo. Nous croiserons dans la côte de l'Isoard deux triathlètes, un en récup de l'Alpe et l'autre, un accro d'Embrun, qui nous invite poliment à venir boire un verre chez lui à Briançon où nous découvrons qu'il a le parcours d'Embrun sur carte IGN affiché dans son salon. Celle-là, je n'avais pas osé ... Il a même affiché les temps limites de passage. C’est à cette occasion que je découvre que le temps limite d'arrivée est à 22h30. Nouvelle déconvenance ! J'étais persuadé que c'était 23h30. Mon moral en prend un sérieux coup. Jusqu'à maintenant, je me disais que 7h pour faire à marathon, même en marchant c'était faisable mais 6h me parait complètement différent! J'avoue, j’en ai mal dormi pendant deux jours. Mais d'un autre côte, où est le problème puisqu’il est fort probable que je ne passe pas le barrage horaire en haut de Chalvet !

Avant le grand jour

Nous nous retrouvons samedi 13 août au matin avec Jérôme et Anto au pied de chez moi direction Embrun. Je suis tellement peu stressé que je mets plus de 40min avant d'entendre mon réveil… Il faut dire que je suis un peu claqué car les deux dernières semaines j'ai décidé de mettre l'accent sur la nat et je suis monté à la piscine de la Faisanderie tous les soirs. Je crois enfin tenir le battement de pied auquel je cours après depuis plus de 2ans. Merci au conseil simple de Brigitte: "fais comme le canard" couplé au conseil de Jo "fais comme si tu tapais dans un ballon", ça fait beaucoup de « fais » mais c’est efficace. Finalement, nous partons à peine en retard et le samedi annoncé rouge est globalement fluide à l'exception des derniers kilomètres. Nous en profitons pour faire les courses avec Jérôme version express. En effet, nous avons à peine mis les pieds dans le supermarché qu’une annonce sonore nous informe de sa fermeture dans 5min.

Dimanche matin après une bonne nuit de sommeil, j'ai beau refaire les calculs, 1h45 de nat et 9h a vélo avec un passage à Chalvet 15min avant la fin, je dois arrivé dans le meilleur des cas en haut de la côte à 16h30 soit pile au temps limite. Je n’y crois toujours pas. Pour me changer les idées, je pars au « centre commercial » d'Embrun, m’acheter un drap car une bonne nuit avant la course est peut-être le seul moyen de m'en sortir. Au passage je prends des bières pour Jérôme qui se plaît toujours que personne ne trinque après les courses. Ensuite je file récupérer les dossards pour tout le monde. Génial, j’ai un numéro qui comprend 64 (le 764 pour être exact), j’y vois un signe de bon augure.

L'après-midi est consacré à la préparation du matos et la dépose du vélo au parc. Au passage, je récupère ma cagette fort pratique. Nous croiserons les autres stadistes ainsi que Fred qui est une rangée plus loin. J'échange avec Jean-Luc déjà expérimenté sur l'épreuve. Je lui confie mon doute de passer le temps limite en haut de Chalvet. La réplique est simple, « si tu passes l'Isoard avant 12h30 c'est bon ». Cool un premier point de repère. Le soir nous attends le traditionnel blanc de poulet/ pâtes et direction le lit a 21h. Je suis incapable de me rappeler depuis quand je me suis pas couché si tôt mais une bonne nuit ne sera pas au rendez-vous. A partir de 1h du matin, je n'arrive plus à dormir et je vous laisse deviner sur quoi mon esprit se fixe…

Jour de la course

Le réveil à 4h est comme dire… violent, très violent. Maintenant, je ne peux plus reculer. La machine s'enclenche. Tout s'enchaîne, je m’entête à me raser ayant oublié de le faire la veille. Ca serait dommage de gâcher les photos si j’arrivais à cet exploit de finir. Et je me retrouve au volant de la voiture direction le lac. Je conduis, est-ce raisonnable après une si courte nuit, le moment n’est pas à la sagesse. Je me demande toujours comment je vais faire pour franchir la ligne finale ! Nous croisons un sanglier sur la route et nous imaginons l'angoisse que nous aurions vécue si nous l'avions tapé. Ca me change les idées.

Aujourd'hui, je me suis amélioré, je n'ai pas oublié ma puce comme à l'Alpe mais je ne me sens pas en grande forme et je suis obsédé par le barrage horaire de Chalvet. Le départ est proche, nous nous approchons de l'aire de mise à l’eau. Anthony m’encourage avec un "fait toi plaisir". Nous sommes encore dans le parc à vélo que le coup de pistolet retenti à 6h... Heureusement qu'Anto a eu la bonne idée de s'approcher au plus près. Ca nous évitera de nous retrouver dans la bousculade. Je me surprends à courir sur la plage pour me mettre à l'eau tout ça dans le noir. Je pars sur le côté pour éviter la cohue. Ces premières longueurs dans le noir ne me font aucune sensation particulière, ça me rappelle juste des baignades de nuit en bateau. Passage de la première bouée, Anthony est juste a côté. Je n’ai pas l’habitude de croiser du monde connu dans l'eau mis à part lorsque j’ai un tour de retard… J'ai plutôt l'habitude de faire la nat seul, très seul (avant dernier a St Rémy, ça ne s'oublie pas...). Deuxième bouée, Anto est juste devant, je ne suis vraiment pas habitué.

Le premier tour me paraît court, le jour s'étant très vite levé. Je me demande s'il y a vraiment 1,9km. Je m’applique à bien nager en allongeant le mouvement, en cherchant l'appui bien au fond de l'eau quitte à toucher le fond et en sortant bien les épaules. J'abandonne mon fidèle 3/3/2 temps qui me permet d'aller droit pour un 3 temps traditionnel qui ferait plaisir à Jo. Le deuxième tour se passe également sans rien de particulier à l'exception du dossard 323 qui dès le début me coupe la route un nombre incalculable de fois. Lorsqu’il remet ça deux bouées plus loin, je m'aperçois que je ne suis pas le seul à être gêné et agacé. Il faut dire qu'il part à 45 degrés de la route et empêche les autres de nager.
Ma première blague du jour est à la sortie de l'eau où je me suis vu plus grand que je ne suis. Pensant avoir pieds, j'ai essayé de prendre appui au fond et j'ai tout simplement coulé. Je ne sais pas ce qui m’a pris, en général je nage jusqu'au bord. Lorsque je sors de l'eau, je passe devant un chronomètre géant qui affiche 1h25 de course... Tout est relancé j'ai 15min d'avance. Comme d'hab, il n'y a plus de vélo de stadistes dans le parc. Ca aussi, c'est une habitude.

Après une transition express de 8min (me demandez pas ce que j'ai fait, j'ai encore dû me déshabiller et m’habiller trois fois comme à la deuxième transition de l'Alpe...), j'enfourche mon vélo et je ne sais pas ce que j'ai... ça ressemble à de la niaque, de l’envie, ça aussi ça m’arrive jamais. Suis-je enfin en train de me réveiller ou de prendre du plaisir ? J'attaque la première côte un peu à fond et aussitôt je me dis qu'il faut que vraiment que je me calme sinon je ne vais pas tenir la journée. J'aborde donc la longue côte de la boucle du lac plus doucement. Je m étais dit que je m’alimenterais toutes les 30min et que je boirais toutes les 15min mais je ne sais pas ce que j'ai, peut-être la faim, mais je mange toutes les 10min. Elle passe au fur et à mesure et je tiendrai ce rythme d'alimentation quasiment jusqu’au bout. Je me fais doubler mais ce n'est pas grave, je n'ai qu'une idée en tête : tenir les 188kms en conservant mon avance de 15min. Le marathon, je n'y pense pas une seule seconde.

Commence alors une interminable course contre la montre. J'ai appris par cœur les temps de passage des derniers coureurs fournis par l’organisation afin d'avoir une notion d'où j'en suis. Je n'ai aucun autre repère pour évaluer mon avance ou mon retard. Mon avance théorique continue d’augmenter. En effet, je mets 50 a 55min là où le dernier est censé mettre une heure. Mais je ne suis pas dupe il me faudra prendre beaucoup d'avance car effectuer le tronçon pont neuf (passage théorique a 16h15) en bas d'Embrun jusqu'à Chalvet (16h30) en 15min c'est tout simplement impossible. Et je me souviens que mon point fort c'est la descente, je compte dessus pour l’augmenter.

La boucle du début se passe bien et la descente sur le lac est magique. Je me régale. Je prends mon temps sur le pont afin de savourer la vue. Arrive la côte de Savine-le-Lac où je tente de doubler un concurrent en vain. En effet, j'applique les principes d'Antoine P : « si tu rattrapes, tu doubles » sauf que l'autre concurrent n'est pas de cet avis. Nous restons côte à côte pendant toute la montée au grand désespoir des véhicules qui nous suivent. Retour vers Embrun où je ne suis pas seul à créer des embouteillages, les voitures sont arrêtées sur la chaussée et ils nous restent que le bas-côté pour circuler, je suis un peu gêné par des concurrents plus lents. J'ai plus de 30min d'avance lorsque j'arrive au rond point d'entrée d'Embrun où attend une foule en liesse qui hurle des encouragements. Il y a rien à faire, devant un public en furie, j'accélère, je me retrouve en danseuses sur du plat. Ca me passe très vite.

Ensuite, j'attaque la liaison jusqu'à la boucle nord. Elle m’apparaît longue, très longue avec ses faux plats montants interminables. J'arrive enfin sur la partie du parcours que nous avons reconnue. Je sais enfin où je vais pour les prochains kilomètres. Mon avance progresse très peu mais a le mérite d'être là. La montée de Guillestre se passe bien, l'avance est toujours là. Cependant, j'ai une douleur qui apparaît à la cheville droite. Ca me lance de temps en temps m’empêchant de bien prendre appui. Mais la magie du passage dans les gorges du Queyras est au rendez-vous … un peu gâché tout de même par la remarque d'un arbitre "faite attention à bien respecter la règle du drafting". Je ne comprends même pas sa remarque sur le moment car je ne voyais pas trop comment je pouvais faire autrement pour doubler le concurrent devant moi qui roule en plein milieu et la moto de l’arbitre. Je joue au débile : "draft quoi". Drafter devant un arbitre ... Je me demande avec quoi ils nous confondent parfois ... J'aurais préféré qu'il s'intéresse à celui qui m’a collé dans les gorges pendant une dizaine de minutes. Je voyais l'ombre de sa roue.

Bref j'arrive au pied de l'Isoard avec plus d'une heure d'avance à 11h toujours avec cette douleur à droite. Là, je réalise l’impossibilité de tenir l'heure théorique annoncée pour monter les 14 kms du col. D'un autre côté, j'ai plus d'une heure d'avance et je repense aux propos de Jean-Luc... 12h30. La côte est dure au niveau de Brunissard, je le savais. Je la monte plutôt bien mais je m’écroule dans les lacets suivants toujours avec cette douleur lancinante et je vais mettre un temps fou pour atteindre la Case Déserte mais la micro descente me relance et je reprends quelques places. Finalement, j’arrive à 12h32 en haut du col. Quelques minutes de retard comme d'habitude. Mon avance a fondu... Je me donne 8min pour manger mon sandwich jambon fromage de mon ravitaillo perso ayant grande faim et me lassant du sucré. Au bout de la deuxième bouchée c'est le drame, impossible d'avaler. Ca ne passe qu'avec de l'eau en grande quantité. Je m’entête à le finir pour éviter une overdose de sucré. Hors de question de partir sans manger la pomme-pote réconfortante! Au final, je repars à 12h50! Il coupe à 13h10. Non seulement mon avance est réduite à une peau de chagrin mais je repense à Jean-Luc et je réalise qu'il voulait peut-être départ de l'Isoard et non arrivée à 12h30...

Je repars à fond dans la descente. Je me fais à peine plaisir. Surtout, je me sens seul. Je croise peut-être deux vélos. Le moral s'effondre, je n'y crois plus. Je continue de foncer dans l’inconnu, je manque de peu de me prendre une voiture dans Briançon qui a mal compris les instructions des bénévoles. Je ne sais pas si c'est la vitesse mais j'ai le bas de la tri-fonction qui remonte en haut des cuisses. Je tente de me rhabiller au moment où la chaussée est la plus mauvaise. Une arbitre à moto me croise et à me voir gesticuler dans tous les sens me demande si tout va. Je lui explique la situation. Plus sympa que son précédent collègue, elle me lance à la volée qu'il faut mieux que je me rhabille sinon ça va être l'émeute à l'arrivée. Je suis même pas sûr d'arriver! La côte des Vigneaux passe bien. Je me diverti en pensant à de la famille qui habite aussi dans un lieu-dit qui porte le même nom mais à 800kms de là. Pas très variée la géographie française. Il faut dire que je reste bien seul. Les bénévoles s'attendent même plus à voir des vélos passer et tapent la discute sur le bord de la route. Ils sont surpris lorsqu’ils me voient débouler. Dans l'Argentière, il y en aura un qui en oublie de faire la circulation laissant deux piétons traverser devant mes roues. Réflexe, je hurle et devant mon désespoir, ils font rapidement place nette.

Je me précipite sur la côte de Paillon. Déjà durant la reco, je l'avais trouvée particulièrement éprouvante mais là j'angoisse! Bonne nouvelle, je retrouve quelques concurrents. Il y en a même qui osent monter à pieds ! Elle n'a pas changée en 15 jours, elle est toujours aussi raide. Quelle idée de passer là alors qu'il suffirait de prendre la nationale juste à côté qui elle descend ! Je me remonte le moral en pensant à la descente qui suit que j'avais beaucoup appréciée 15 jours plus tôt. J'ai beau la montée tout à gauche en partie en danseuse sous les encouragements du rare public resté pour voir souffrir les derniers, je pêne mais je reste en selle. Il fait très chaud au soleil et je reste bien à l'abri du traditionnel vent de face qui s’est levé depuis mon passage au Vigneaux. La côte m’achève et je suis incapable de relancer derrière. Je commence à boire un peu trop et je reste sur le petit plateau + 23 pendant plusieurs kilomètres avant d'arriver à reprendre des forces. J'ai beau avoir repris un peu d'avance ... Je sens que ça ne va pas passer le barrage horaire.

La descente de Champcela me remet sur pied, ça reste un vrai régal ces lacets. Je croise une voiture à contresens qui me force à freiner. Je croyais que la circulation à l’envers était interdite. Auraient-ils déjà rouvert à la circulation? Je dois vraiment être à la traîne. Pourtant je ne suis plus tout seul, j'ai retrouvé quelques vélos qui comme moi vont fortement peiner face au vent à partir de l'aérodrome. Pierre m’avait prévenu: "s'il fait beau, il y aura forcément du vent de face" et à la vue du nombre de fois qu'il l‘a fait, il a toute ma confiance. Je traverse quelques hameaux, il y a une fête de village... Le public peut-être joyeux mais surtout un peu éméché me lance un "aller l'OM" à la vue de mon maillot. Ils n'ont pas de chance, ça me fait ni chaud ni froid car je ne supporte pas le foot. J'arrive laborieusement à la fin de la boucle nord et retourne dans l'inconnu enfin pas tout à fait car on emprunte le même trajet qu'à l'aller pour retourner à Embrun. Ca me paraît long, je cherche désespérément le village d'Embrun entre les montagnes mais heureusement le parcours vire rapidement au faux plat descendant et finalement je me régale.

Finalement, j'arrive au Pont Neuf à 15h30. Il me reste 1h pour monter Chalvet et pour la première fois je commence à y croire. Je croise des concurrents déjà à la course à pieds et pense pour la première fois au marathon en me disant que finalement çà a du bon d’être mauvais car courir sous le cagnard qui règne, ça aurait tourné au calvaire comme à Vendôme ... Dès le début de la côte, je croise notre entraîneur Fred et dans son regard je vois bien qu'il est agréablement surpris de me voir là à cette heure. Il m’encourage chaleureusement et mon moral remonte en flèche. Si je tiens le bon bout, je ne réalise pas encore qu’il me reste 7 heures de course…

La montée jusqu'à la ville passe bien mais aussitôt commence le deuxième cauchemar du jour : Chalvet, mais c'est où ce bout du monde. La côte n'en fini pas. La route ne fait que se réduire. Il y a des tronçons tellement raides que je n'arrive même pas à les passer tout à gauche. Je suis obligé de me mettre en danseuse. Il y en a encore qui osent monter à côté de leur vélo. Ces messieurs de l'organisation sont ils au courant que nous avons déjà fait 170km à vélo et 3,8 en nat et que nous sommes debout depuis 4h du mat. Si çà les amuse, moi pas ! Le public n’est plus crédible. Il nous annonce des distances folkloriques : 500m de côte bien qu’il reste au moins 3kms. La montée est interminable. La route est de plus en plus étroite. Il faut choisir entre le passage de roue droit ou gauche, impossible de rouler au milieu. La fin serait un chemin de terre ? Une personne m’annonce plus que 700m. A ma tête, il doit voir que je doute de tout. Et il me précise qu'il l'a mesuré avec son GPS de vélo. Et effectivement, il a raison. Me voilà enfin arrivé en haut de Chalvet et délivré de la dernière difficulté du parcours vélo. Je pointe à 16h15 et épuisé mais confiant je fais une pause d'une dizaine de minutes. En effte, il reste plus d’une heure encore pour sortir du parc. Je repars en pensant au marathon … enfin à mon marathon. Résigné, je me résous à l'affronter ne sachant pas ce que ça va donner. Je descends au pas de course, pressé d'en finir avec le vélo.

Arrivé au parc je mets le pied gauche à terre puis le droit. Enfin, j'essaye la douleur est revenue au galop à laquelle c’est ajouté une autre sur l'extérieur. Troisième drame du jour. L'organisation très prévenante me tombe dessus, impossible de m’en débarrasser. Il est 16h35. J'arrive en boitillant devant mon emplacement toujours avec un membre de l'organisation qui a fait rappliqué la Croix Rouge. Une nouvelle fois, je ne peux pas poser mon vélo... Ceux de gauche ayant mis leur vélo à droite de leur chaise conformément aux instructions de course et contrairement à mes voisins de droite qui les avaient gentiment placés...à gauche. Je me dis que j'allais être plus civilisé qu'à l'Alpe où agacé, j'avais tout simplement poussé le vélo fautif par terre ayant les deux mains prises ! Là, c’est différent les fautifs étaient des stadistes... Le gars de l'organisation me voyant désemparé s'en est occupé. En attendant, je suis assis avec trois minettes m’auscultant le pied et moi essayant désespérément de faire ma transition. Je cherche mes runnings et ma casquette à tâtons dans la cagette sous ma chaise. Elles appellent le médecin qui se veut rassurant en me disant que rien n’est cassé. Une atèle devrait suffire mais ses instructions sont claires: ne pas forcer, m’arrêter si j'ai mal et les prévenir en revenant. Je me dis qu'en chauffant le pied ça passera. L'atèle en place semble ne pas suffire, on me prend la tension, un peu élevé, normal je vois l'heure qui tourne... le pou, enfin elles essayent... La responsable m’explique que les deux autres sont en formation et qu'elles doivent ... se former. Je n'ose pas leur dire que c'est actuellement le cadet de mes soucis mais leur fait comprendre que je suis un peu pressé. Elles me prennent la ventilation et d'autres bricoles avant de me relâcher sous mon instance. J'enfile enfin la running droite et effectivement, je ne vais pas pouvoir courir tout de suite ... Je sors du parc toujours en boitant. L'arbitre m’interpelle en me demandant si j'ai vu un médecin... Je les ai vu déjà bien trop longtemps à mon goût.

Je pars il est 16h55 et j'ai passé 21min en transition et pour les massages, il faudra repasser. Là, commence un autre cauchemar, je ne peux passer qu'en marchant devant un public en liesse. Je baisse la tête et me réfugier derrière ma casquette, je ne peux soutenir leur regard. Je commence à courir doucement qu'au km2. Heureusement, je croise coup sur coup tout le monde, d'abord Damien qui m’encourage chaleureusement suivi de prêt par Fred qui me renouvelle ses encouragements et enfin Anto trahi par son regard qui ne peut masquer sa joie de me voir. J’y distingue également qu'il se dit que c'est bon j'ai réussi à passer le barrage horaire et que je le finirais cet Embrunman. J'ai quasiment un tour de retard sur eux mais tout ce qui compte pour moi c'est de le finir! Je me sens plutôt bien et j'accélère tout doucement...

Dans la mini descente sous le pont, la douleur revient en force. Je marche à nouveau. Il y a un ravitaillo et j'en profite pour prendre de l'eau et je commence aussi une forte consommation de Coca très efficace car je n’en bois jamais. Et je continue de marcher un peu. En effet, il y a une côte et je me suis juré que je ne courais pas dans les montées. Je recours sur le plat. La douleur n'est plus là, tant mieux. J'arrive au pied de la fameuse rampe d'accès à la ville. Fidèle à ma tactique, je marche de nouveau.

L'arrivée dans les rues piétonnes est magique. Je tombe sur Marie qui n'est pas avare en encouragements tout comme tous les gens assis aux terrasses qui scandent à tue- tête des « bravos » qui réchauffent le coeur. Il n'y a rien à faire j'accélère de nouveau. Au bout de la rue, il n'y a plus personne mais le ravitaillement avant la descente est bienvenu. En bas, c'est beaucoup plus calme. J’ai l'impression d'être à la campagne. Il fait toujours chaud et le prochain ravitaillement se fait trop attendre. J'aurais dû remplir mon gobelet que je trimbale pour rien depuis le début. Il me tarde d’arriver au prochain ravitaillo. Je craque et me met à marcher. Je crois surtout que j'ai trop bu. Plus de 12 heures d'autonomie, c'est déjà honnête mais il faut que je repère très rapidement un sous-bois, pas facile en longeant la Durance. Cette pause me relance, je cours jusqu'au prochain ravitaillement.

Après le pont sur la rivière s'enchaînent plusieurs montées et descentes. Je ne change pas de tactique. De rapides calculs me confirment que si je maintiens le rythme, je passe successivement les deux prochains barrages : démarrage du deuxième tour avant 20h30 et fin de la course à 22h30. Une erreur double qui me sera inconnue jusqu'à la fin. En effet, c'était respectivement 20h et sans limite, le dernier arrivera à 23h30. Je me fais plaisir dans la grande descente du km 16 jusqu'au lac mais le passage sous le pont m’est fatidique. Je suis saisi de crampes aux mollets gauche et droit quasiment simultanément et dans une moindre mesure le bas de la cuisse gauche. Une solution, le Walk & Run de Jean-Loup. Je cours jusqu'à qu'une crampe vienne, marche un peu pour étirer puis je repars en courant. Vu l'heure, je n'ai pas le choix. Au ravitaillement, je bois beaucoup !

Je repasse donc devant le public du bord du Lac dans des conditions délicates. J'assiste à nouveau à cette même explosion de joie, mais malheureusement, je ne peux pas courir longtemps. Je finis mon premier tour à 19h40. Au ravitaillement, Jérôme m’interpelle, il en a déjà fini! Je le préviens que je pense arriver vers 22h15/22h30. Il faut dire que je leur ai mis un peu la pression à mes collocs, je les ai prévenu que je comptais sur eux à l'arrivée si je finissais. Je ne voulais pas revivre l'Alpe où j’ai franchi la ligne seul sous la pluie, personne m’ayant attendu… Je redémarre à nouveau en Walk & Run pour un tour de lac, puis jusqu'à la montée en ville. Ca va déjà un peu mieux. Avec tout ce que je bois, ce n'est pas surprenant !
La marche à pied fait disparaître les dernières crampes. L'ambiance dans la rue piétonne est plus calme. Marie a disparu. En revanche, l'arbitre féminine à la fontaine me félicite pour ma foulée et m’encourage à maintenir le même rythme jusqu'au bout. Effectivement, je cours beaucoup plus vite que les autres concurrents mais il faut relativiser, je suis dans les tous derniers.
Au deuxième tour, je suis prudent, je prends une réserve d'eau avant le désert de ravitaillement.

Je ne sais pas si c'est la mauvaise influence de la Durance mais au niveau du sous-bois du premier tour, je suis à nouveau contraint de m’arrêter pour une pause plus conséquente. Je perds beaucoup de temps et j'entends bien les commentaires des concurrents que je rattrape à nouveau: "mais il ne nous a pas déjà doublé lui!?" La nuit à beau tomber, le moral est toujours là. L'Objectif sera rempli. Je vois bien que je vais arriver avant 22h30 mais je ne suis pas convaincu pour les autres que je dépasse. Il faut dire qu’ils sont très nombreux à marcher au bord de l'agonie, beaucoup sont accompagnés de proche. Ca doit trancher avec moi qui me sens en pleine forme. Je cours à un bon 12/14 à l’heure. Je suis félicité pour ma foulée à tous les regroupements de spectateur ainsi qu’aux deux derniers ravitaillements auxquels je ne m’arrête plus. J'arrive en trombe là où le public se concentre au bord du lac mais pour une fois que je suis en forme, il a disparu. Je finis à fond dans la dernière ligne droite ayant un dernier concurrent à dépasser en ligne de mire. Dans le flot d'encouragements, je reconnais la voix de Jérôme accompagnée d’une tape dans le dos. Génial ils sont là. Je franchi la ligne après 16h12 de course. Je suis au comble de la joie. J’ai mis 5h15 pour faire le marathon, je tablais plutôt sur 5h et 16h de course mais c’était sans tenir compte des pépins techniques… Je vois Anto qui m’attends au fond de la ligne d'arrivée, radieux de me voir en finir avec ce défit qui nous aura tellement occupé cette année. J'en ai les larmes aux yeux.

Avec Anto, nous nous congratulons puis nous recommençons avec Jean-Luc et Alexandre qui passent par là, la magie d'Embrun. Nous échangeons sur la course, notre ressenti. Le vélo m’a particulièrement éprouvé. Tout d'un coup, je ne me sens pas très bien. Je laisse Anto et file dans le parc. Pris d'une grosse fatigue je m’allonge où je peux. Je veux juste dormir un peu. Rien à faire, l'organisation me tombe dessus, insiste pour me mettre en PLS puis m’embarque sur une civière jusqu'à la tente des secours. Un médecin me voit, je lui explique que je ne voulais que m’allonger. Il me comprend mais ce n'est pas le cas des autres secouristes. Ca recommence. Ils me prennent la tension, le pou ... Tout est ok. Je dors un peu. Mais pourquoi tous les concurrents ont-ils un tee-shirt jaune. Je réalise alors que j'ai oublié de récupérer le maillot de Finisher. Je n'ai plus qu'une idée en tête. Plus envie de dormir, je demande à partir et je file tout droit vers la ligne d'arrivée. Il reste plus que du small, je ne leur en fais pas cadeau.
Finalement cette expérience n'aura pas été qu'une Course contre la montre mais aussi une formidable aventure humaine où j'ai repoussé un peu plus loin les limites pour accomplir ce qui reste un exploit par rapport à mon niveau. Maintenant, il ne reste qu’à améliorer le temps…

En tout cas un grand merci à tous ceux qui m’ont accompagnés dans l’achèvement de cette conquête du Graal en particulier à Jo pour son soutien sans faille depuis le début et qui n’a jamais laissé place au doute, Anto pour m’avoir supporté tout au long de la saison également le soutien sans faille mais aussi Antoine P qui nous aura suivi dans la prépa sans faire la course et le fait que nous allons encore le saouler avec cette course pendant longtemps … sans oublier Jérôme, Antoine B, Jean-Luc, Pierre et Brigitte pour leurs bons conseils ainsi que tout ceux qui nous ont encouragé le jour J, Marie, Fred et Vincent ou qui ont eu quelques mots ou pensées pour nous.


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