L’ultra-trail ne cesse de se démocratiser. Les inscriptions explosent sur les grandes épreuves, et ce ne sont plus seulement quelques élites qui arpentent les crêtes en quête d’émotions extrêmes. Pourtant, l’enthousiasme grandissant pour cette discipline d’endurance amène à s’interroger : jusqu’où la passion mène-t-elle certains athlètes amateurs, au point d’adopter des comportements addictifs ? Le traileur professionnel Beñat Marmissolle tire la sonnette d’alarme : « Même chez les amateurs, ça devient une addiction. »
L’ultra-trail, c’est bien plus qu’une longue course en montagne. C’est la promesse d’un dépassement de soi, d’une immersion dans la nature, d’un sentiment de liberté unique. Beaucoup de coureurs amateurs racontent ce moment où l’on ne court plus seulement pour la forme, mais pour retrouver cette sensation grisante d’accomplissement, de contrôle et de fierté après avoir franchi la ligne d’arrivée.
Cet engouement s’explique aussi par :
Si la motivation initiale est saine, un phénomène insidieux peut s’installer, celui de l’addiction…
L’ultra-endurance provoque des sensations fortes : dopamine, adrénaline, sentiment d’appartenance à une communauté soudée. Mais cette recherche du frisson devient parfois un besoin compulsif.
Concrètement, l’addiction à l’ultra-trail se manifeste par :
Pour de nombreux spécialistes, ces signaux d’alerte témoignent d’une vraie addiction comportementale, similaire à ce que l’on observe dans d’autres sports extrêmes ou dans certains comportements à risque.
Beñat Marmissolle lui-même, habitué des podiums et des sentiers techniques des Pyrénées, encourage à la vigilance : « On a tous cette volonté de repousser nos limites, mais il faut savoir écouter son corps – et son entourage. »
Des exemples concrets illustrent cette dérive. Philippe, traileur amateur de 42 ans, a enchaîné trois ultra-trails de plus de 100 km en une saison : « Après chaque arrivée, il fallait que je m’inscrive à une autre – j’avais peur de perdre cette sensation d’exister. » Résultat ? Une fatigue chronique, des blessures à répétition et des tensions avec sa famille.
Les professionnels de santé, préparateurs physiques et psychologues du sport recommandent de :
En somme, l’équilibre passe aussi par la diversité des plaisirs et le respect de soi. Ce sujet est d’autant plus important qu’il touche également les sportifs amateurs, sans encadrement professionnel. Pour approfondir la dimension psychologique, consultez également l’article Dans la tête des coureurs d’ultra-trail : pourquoi ces athlètes se lancent dans l’extrême.
Clarifiez votre rapport au trail : pourquoi courez-vous ? Est-ce par plaisir, par défi, pour plaire aux autres, fuir un stress ou rechercher la reconnaissance ? Un questionnement régulier aide à prévenir les dérives.
Les cycles de récupération, la qualité du sommeil et la gestion de la nutrition préviennent non seulement les blessures mais aussi le risque d’épuisement psychique.
Aucune saison d’ultra-trail ne mérite de sacrifier sa santé. Apprendre à décliner une inscription ou à reporter un objectif s’avère parfois la décision la plus difficile… mais aussi la plus sage pour durer dans le sport.
L’ultra-trail restera un espace d’évasion, d’aventure collective et d’audace personnelle. Mais comme toute passion dévorante, il impose de réelles limites – physiques, mentales, sociales. L’alerte lancée par Beñat Marmissolle invite chacun à réinterroger sa pratique : courir pour vivre mieux, et non pour fuir ou se détruire. L’équilibre, clé de la longévité sportive, reste un défi permanent, mais il mérite toute notre attention.
Une dépendance à l’ultra-trail se manifeste souvent par des entraînements excessifs, une obsession des compétitions et le besoin constant de mettre en place de nouveaux défis au détriment d’autres aspects de la vie.
Ce sport stimule la dopamine et l’adrénaline, offrant un sentiment d’accomplissement puissant et une connexion unique avec la nature et la communauté des traileurs.
Il n’existe pas de profil unique, mais les personnes en quête d’émotions intenses, perfectionnistes ou en période de fragilité personnelle peuvent être plus sensibles au risque d’addiction.
En alternant les objectifs, en intégrant la récupération active, en gardant des liens sociaux, et en consultant un professionnel en cas de doute sur son équilibre psychique.
Non. De nombreux sportifs amateurs sont aussi concernés, notamment ceux qui multiplient les dossards ou peinent à respecter les phases de repos nécessaires.
Oui, une coupure peut raviver la motivation, améliorer la forme physique et permettre d’aborder la discipline avec un regard neuf et plus équilibré.